L’évangile  de  Thomas

 

ou

 

l’enseignement égaré de  Jésus

 

 

 

 

présenté par Pierre Mestdagh

 

 

 

 

                            

Vous,

 

qui êtes passant, en quête de connaissance et disposé à une démarche de recherche libre et sincère,

qui êtes concerné par une appréciation plus réaliste de conceptions religieuses, qui depuis des millénaires ont été conçues, enseignées, voire imposées,

qui ne redoutez pas de remettre en question des vérités  solidement enracinées et d’écouter des enseignements qui ne s’y conforment pas toujours,

soyez la ou le bienvenu !

 

 

 

 

L’histoire de l’humanité est parcimonieusement parsemée d’êtres exceptionnels, qui ont témoigné d’une vision existentielle originale et souvent surprenante. Parmi eux certains sont à l’origine de conceptions philosophiques ou religieuses universellement reconnues. Une des présences les plus impressionnantes, du moins pour notre civilisation occidentale, fut sans aucun doute celle de Jeshua, dit le nazaraios, voici deux mille ans en Palestine. Malgré que sa présence en tant que prédicateur religieux fut de courte durée et que les historiographes de l’époque aient témoigné d’une grande discrétion à son égard, il fut à l’origine de l’éclosion d’une croyance aujourd’hui mondialement répandue.

Pourtant persiste toujours cette intrigante interrogation : comment son enseignement rénovateur fut-il perçu par des disciples juifs et transmis ensuite dans des écrits évangéliques ?  

Un des aspects les plus caractéristiques de la gent humaine est une volonté farouche de s’accrocher à la vie. Aussi l’aspiration à un prolongement de celle-ci au-delà du temporel fait-elle depuis bien longtemps partie des phantasmes humains. Dans le sillage des pharaons égyptiens, auxquels Moïse était intimement lié, des prophètes bibliques ont accrédité le concept d’une vie éternelle au sein du Royaume de leur Dieu. Une espérance qui jadis était réservée exclusivement au peuple hébreu. À l’époque où Jeshua s’est manifesté l’attente de la venue du Royaume, vivifiée par l’occupation romaine de la Palestine, était solidement implantée dans les mentalités juives.

Dans son évangile (17,21) Luc nous propose toutefois des paroles de Jeshuamais le royaume de Dieu est au-dedans de vous  - dévoilant qu’il prit clairement ses distances par rapport au concept biblique d’un évènement apocalyptique à venir. L’avènement du Royaume ne correspond pas à une manifestation sensoriellement perceptible, mais il concerne le vécu d’une réalité intérieure… Une telle prise de position ne pouvait que susciter l’indignation des responsables religieux de l’époque. Et lorsque, en plus, ceux-ci croyaient comprendre que Jeshua considérait leur Dieu comme son père, les limites de leur tolérance étaient inexorablement atteintes.   

Nous savons de quelle manière radicale fut mis un terme à sa prédication et à quelles réactions émotionnelles sa crucifixion donna lieu. Ce qui dans la juridiction romaine ne représentait qu’un banal fait divers, prit l’envergure d’une révolution religieuse. Car son douloureux parcours vers la mort, la mystérieuse disparition de son corps de l’endroit où il fut déposé et des témoignages d’apparitions sporadiques du crucifié à des disciples, ont finalement donné naissance à la croyance chrétienne et à la reconnaissance de Jeshua comme un divin sauveur.

Notre intention n’est pas de déranger des personnes dans leurs convictions les plus précieuses et les plus respectables. Seulement voilà, tous ne s’accommodent pas du concept conçu quelques années plus tard par un certain Saul de Tarse, qui présenta Jeshua comme un divin car ressuscité Messie, ce qui en grec se dit Christos. Quoique, par son interprétation des évènements, Saul provoqua lui aussi les foudres de ses coreligionnaires juifs, il resta fidèle au rêve biblique de l’avènement du Royaume divin sur Terre. Plus fort encore, il édicta que, par la venue du Messie et grâce à son sacrifice rédempteur, le Royaume ne tarderait pas à se manifester.

La conception du Royaume pose donc indéniablement problème. Des théologues ont tenté de nuancer les paroles de Jeshua présentées par Luc  - basileia tou Theou entos umôn estin - en les interprétant non pas comme : le royaume de Dieu est au-dedans de vous, mais parmi vous… Toujours est-il que vingt siècles et des millions de chrétiens plus tard l’attente de Saul ne s’est toujours pas réalisée, tandis que la supposée présence d’un Royaume divin parmi nous s’est avérée d’une extrême discrétion…

S’impose donc cette question réaliste : le concept religieux de Saul et celui de Jeshua sont-ils conciliables ? En outre, à quelle expérience intérieure les paroles de Jeshua pourraient-elles faire allusion ?

Nous considérons qu’à cette dernière question une réponse pertinente nous est proposée par un évangile découvert en 1945 près de Nag Hammadi en Egypte. Une jarre contenant une cinquantaine de manuscrits coptes datant du milieu du IV° siècle y fut déterrée. Parmi ces manuscrits, identifiés comme gnostiques, se trouvait un évangile attribué à un certain  Didyme Judas Thomas.

L’approche de cet évangile et le décryptage de son contenu font sans doute appel à une disponibilité mentale peu commune. Car, la démarche religieuse que Jeshua y propose, ne se fonde pas sur la tradition biblique, mais s’intègre à un concept religieux bien plus universel. Celui-ci honore le principe qu’en cette vie chaque être, quelle que soit son appartenance culturelle, est uni à sa Source de vie absolue. Le véritable défi religieux consiste dès lors en une prise de conscience de cette unité.

Afin de permettre à chacun et chacune qui le désire de s’immerger dans l’évangile selon Thomas, nous en présentons tout d’abord la version intégrale. Dans cette présentation chaque parole, appelée logion, est suivie d’un commentaire conçu pour rendre plus accessible le contenu non-conventionnel d’un enseignement encore méconnu.

Ensuite nous proposons une logique réflexion concernant la relation, qui associe depuis toujours Jeshua à la tradition biblique. Cette réflexion est complétée par une étude restreinte, comparant l’enseignement de Jeshua à celui de Krishna et du Bouddha. Nous terminons cette promenade religieuse par un apperçu des paroles de Jeshua, telles qu’elles sont présentes dans l’évangile de Mariam, alias Marie-Madeleine.

L’intention de cette présentation n’est pas de tenter de convaincre, mais de dévoiler un enseignement religieux libéré de toute entrave culturelle, ayant ses assises dans une perception existentielle universelle. Nous espérons ainsi apporter une aide à tous ceux et celles qui, en toute liberté, sont à la recherche de la finalité de leur présence dans cette vie.